Le Préfet autorise la carrière...

Publié le 5 Mai 2013

Le Préfet autorise la carrière...

A l’automne dernier, une enquête publique concernant l’exploitation d’une carrière de granite avait eu lieu. Les habitants d’Albitreccia y avaient déposé un texte de plusieurs pages contre cette carrière (voir ci-après) et le Conseil Municipal, par délibération, avait émis des recommandations (voir délibération ci-jointe).

En février 2013, nous avions connaissance du rapport favorable du commissaire enquêteur (voir ci-après), malgré les nombreuses remarques motivées et justifiées inscrites au cahier d’enquête publique.

Beaucoup de points soulevés lors de l’enquête publique n’avaient pas ou peu été pris en compte. Suite à ce rapport, les riverains ont, par courrier adressé en lettre recommandée au Préfet, fait une requête demandant que leurs observations soient prises en compte dans sa décision (voir lettre ci-dessous).

La décision préfectorale autorisant l’exploitation de cette nouvelle carrière à quelques mètres de la première vient d’être prise le 30 avril et publiée dans le journal local le samedi 4 mai (voir acte complet ci-joint). Cette décision, fait abstraction des observations de la population, et ne prend pas en compte les recommandations du conseil municipal. Elle transforme ce territoire en une belle zone industrielle et bafoue les droits des habitants, des utilisateurs du sentier de randonnée Mare e Monti sud et de la route départementale 302.

Encore une fois, on constate que les intérêts financiers sont plus importants que la vie des personnes. Et que les enquêtes publiques ne sont là que pour servir de cautions morales aux industriels, peu importe la mobilisation et les arguments des populations. Elles donnent simplement l’impression que le citoyen est entendu alors que ce n’est pas le cas !

Que nous reste-t-il ? Courber l’échine et subir en silence ?

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Voici la lettre que les riverains avaient adressé au Préfet :

Monsieur le Préfet,
Dans le cadre de la demande d’autorisation d’exploiter une carrière de granit sur le territoire de la commune d’Albitreccia, lieu-dit Bellevalle, par la société Pompéani et suite à la parution le 6 février dernier du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur, par ce courrier nous appelons de votre bienveillance. 
En effet, suite à la lecture du rapport et des conclusions du commissaire enquêteur nous constatons que certains des points soulevés lors de l’enquête publique, n’ont pas été ou ont été mal pris en compte. Les réponses du maitre d’ouvrage nous renvoyant systématiquement au Dossier de Demande d'Autorisation d'Exploiter.
Sur l’impact paysager environnemental et historique : Ce projet se situe au cœur d’une vallée à environ 500 mètres d’altitude qui domine tout le golfe d’Ajaccio où le maquis y est haut et dense. Malgré la présence d’une carrière de 5 ha, le site est encore préservé. 
Il est prisé des randonneurs puisqu’il est traversé par un sentier de randonnée le Mare e Monti Sud (Porticcio <==> Propriano), qui rejoint un autre sentier le Mare a Mare Centre (Ghisonaccia <==> Porticcio). Ces deux sentiers participent largement à l'économie locale et sont inscrits et protégés dans le Plan Départemental d’Itinéraires de Promenade et de Randonnée (PDIPR). 
Le Mare e Monti Sud traversant les parcelles de la carrière, le maitre d’ouvrage parle d’en changer le tracé. Peut-on aliéner ou dévier un chemin d’utilité publique, au bénéfice d’une entreprise privée ?
Le projet n’étant pas situé dans une ZNIEF, ZICO, NATURA 2000 ou autres espaces remarquables, l’endroit ne fait l’objet d’aucune protection environnementale. Toutefois, les permis de construire du hameau de Belle-Valle sont assujettis à la taxe départementale sur les espaces naturels sensibles et contrairement à ce que dit l’étude technique, nous affirmons que  beaucoup d’espèces vivent sur ce territoire. Sur ce point le maitre d’ouvrage nous répond que : « La Salamandre de Corse n'a pas été répertoriée sur le site malgré des recherches spécifiques sur ce taxon. Le Groupement Chiroptères de Corse est intervenu et n'a pas jugé nécessaire d'engager des études poussées au vu de la faible attractivité du site pour les espèces. Concernant les rapaces, les enjeux identifiés se sont révélés relativement faibles ». Nous vivons au quotidien sur ce territoire, nous voyons ces animaux et nous doutons que des associations aient pu rechercher ces espèces sans en interroger le voisinage. 
Concernant l’existence d’installations de la seconde guerre mondiale et de munitions enterrées, le maitre d’ouvrage répond simplement que : « les recherches effectuées dans le cadre du Dossier de Demande d'Autorisation d'Exploiter ne font pas état de l’existence de tels vestiges ». Nous sommes surpris que l’exploitant n’ait pas au moins vu les deux bunkers du col de Bellevalle au bord de la départementale !  Surtout que lors défrichage de la crête entre le hameau et la future carrière, il a mis à nu deux « nids de mitrailleuse ». 
Sur l’activité agricole : Le Président de la Chambre d’Agriculture de Corse du Sud, défavorable au projet regrette que l’étude d’impact ne mentionne aucune analyse des effets du projet sur les espaces agricoles. Il indique que trois exploitations agricoles figurent dans un rayon de moins de trois kilomètres du projet. Le maître d’ouvrage répond que  « les recherches n’ont pas permis de mettre en évidence la présence d’activités agricole à proximité du site », balayant ainsi les exploitations agricoles existantes et toutes nouvelles implantations agricoles qui auraient pu voir le jour sur ce territoire, alors que la Corse souffre du manque de terres agricoles.
Sur l’eau : L'implantation d’une installation classée à l’endroit même où se trouve un ruisseau, l’Agosta, répertorié dans le Schéma Directeur d’Aménagement et de Gestion des Eaux (SDAGE) et dont l’état actuel y est « très bon », est-elle compatible ? 
D’autant plus, que nous précisons à l’aide d’un rapport du BRGM que la zone est considéré comme aquifère et qu'il y a 3 forages recensés, ainsi que des sources actives dans le périmètre. Ces forages n'ont peut-être plus vocation à alimenter les habitations en eau potable, mais ils sont toujours en activité pour l’entretient des jardins. L’exploitation d’une carrière sur un sous-sol aquifère, fragilisé par le dynamitage entrainerait un risque non négligeable sur la ressource en eau. 
Sur le fonctionnement de la carrière : Le Dossier de Demande d'Autorisation d'Exploiter prévoit du criblage et concassage sur place mais dans l’avis du conseil municipal du 22 novembre dernier, il est acté que « l’exploitation autorisée ne comprend que l’extraction à sec du granit et son transport sur Ajaccio en aucun cas du concassage et du criblage ne seront pratiqués sur le site ». 
Le maitre d’ouvrage ne s’est pas exprimé sur cette décision du conseil municipal et le commissaire enquêteur n’a fait aucune préconisation sur le sujet. S’agissant d’une activité bruyante très éprouvante pour les riverains nous aimerions savoir si ce concassage et ce criblage seront pratiqués sur place.  
Sur la quantité et la qualité du granit : Nous sommes convaincu que le site ne possède que peu granit, pour une exploitation de cette ampleur. Sur l’absence de granit, le maitre d’ouvrage nous répond que « la présence est avérée suite aux reconnaissances géologiques visuelles ». Et le commissaire enquêteur d’en conclure que : «  il apparaît peu probable que le maître d’ouvrage envisage un projet de cette nature sans avoir pris les garanties préalables à la présence de la matière première convoitée. 
Pourtant, aucune étude, notamment sur le sous-sol, ne nous a été présentée pour justifier du Tonnage et de la qualité du produit tout au long de la durée d’exploitation. Sachant qu’une carrière exploite une ressource non renouvelable à l’échelle humaine et engendre une modification irréversible de l’environnement, peut-on laisser massacrer une vallée sans s’assurer que la matière première est bien là ?
Sur la réhabilitation du site :
Le coût prévu pour la réhabilitation du site nous semble insuffisant, d’ailleurs la Directrice du Centre Régional de la Protection Forestière de Corse l’a aussi exprimé lors de l’enquête publique. 
On peut se poser des questions quand on voit que, l’exploitation de la carrière de St Antoine par la société Pompéani se terminant en 2013, les phases de réhabilitation n’ont toujours pas commencé. 
Sur la partie Economique :
Dans le Dossier de Demande d'Autorisation d'Exploiter, le maitre d’ouvrage parle de « maintenir l’autonomie de la Société Pompéani pour la production de matériaux de base », « d’accompagner l’ouverture d’une nouvelle activité avec l’acquisition d’une centrale à béton » et de « pérenniser l’activité BTP du Groupe Rocca », mais ne présente aucune projection économique. 
Au regard du nombre de sites d'hébergement qui seraient directement affectés par ce projet avec un enjeu en terme de chiffre d'affaires et d'emplois, il aurait été intéressant de pouvoir les mettre en parallèle.
De plus, à l’heure où bon nombre d’entreprises de BTP se plaignent de ne pas avoir assez de marchés, et mettent la clef sous la porte, le commissaire enquêteur nous parle « d’accroître la capacité de production de matériaux en corse afin d’éviter toute dépendance qui conduirait à une hausse des coûts de construction que la population devrait supporter » si cet enjeu est aussi important, pourquoi le Département de Corse du Sud ne dispose-t-il pas d’un Schéma Départemental des Carrières ?
Sur la D302 (anciennement dénommée « Route des saveurs » par la Chambre d’Agriculture) Contrairement au chemin de St Antoine (D11B) qui mène à la carrière Pompéani, notre  départementale 302 est, elle, très fréquentée.  Elle dessert plusieurs communes, démarre à Pisciatello (commune de Cauro, non sollicitée puisqu’à plus 3km du projet) où se trouvent deux centres équestres, deux caves viticoles, et les deux pépinières qui seraient fortement gênés par les rotations de camions de carrière.
Les transports scolaires l’empruntent tous les jours, les GPS indiquent cette route pour rejoindre Propriano, elle est prisée des touristes, des cyclistes et des randonneurs du Mare e Monti sud qui marchent 2,6 km sur les bas-côtés.  
De type montagnarde, elle est soumise, plusieurs mois de l’année au brouillard au verglas et parfois à la neige. Le conseil municipal du 22 novembre 2012 précise aussi que la D302 qui n’a pas soubassements n’est pas configurée pour un tel charroi. Avec un trafic généré par la présence de deux carrières (1 camion toutes les 4 minutes), ainsi qu’un bassin de rétention situé juste au-dessus de cette route, nous pouvons légitimement craindre pour la sécurité des personnes qui passent par là.
Sur les risques sur les constructions: Le hameau de Belle Valle adossé au site d’extraction et distant de quelques mètres, est très proche. Lors de l’enquête publique nous avions fait part de craintes par rapport aux risques de dégradations des maisons. Le commissaire enquêteur reconnaît que « le dossier ne fournit pas l’état des constructions du hameau et précise que cette inquiétude devra être traitée par le maître d’ouvrage en procédant à un état préalable et exhaustif des habitations puis à des vérifications périodiques ». Quelles seront nos garanties en cas de dommages sur nos habitations ? Et ne verra-t-on pas augmenter nos polices d’assurance, par les risques liés à la proximité d’une carrière ?
Sur les poussières : Le maitre d’ouvrage dit que « l’envol des poussières sera atténué par l’aspersion d’eau. Les conséquences subies par la population et la faune semblent minimes ou inexistantes hormis par temps de grand vent ». Sachant que la vallée, de par sa configuration est souvent soumise à des épisodes venteux, l’entreprise stoppera-t-elle l’exploitation pour ne pas gêner ses voisins ? 
Sur le risque d’incendie : Le maitre d’ouvrage continue à minimiser le risque d’incendie alors que la commune est classée en risque « feux de forêt » que sur cette zone le maquis y est dense, que les premières habitations du hameau de Belle Valle ne sont qu’à quelques mètres du futur site d’extraction et qu’un village à moins de 3 km, Monte Rosso, qui n’a une seule voie d’accès est enclavé dans le maquis (signalé aussi au point N°7 du conseil municipal du 22 novembre 2012) .
Notons aussi que lors du conseil municipal du 22 novembre 2012, certaines réserves ont été faites. Ces mêmes réserves avaient été faites, il y a 7 ans lors de la création de la première carrière et n’ont pas été suivies d’effet !
La population des villages alentours s’accroit, ce qui induit que ces nouveaux habitants ont trouvé un intérêt résidentiel pour l’environnement actuel. Ces personnes ont choisi de vivre sur ce territoire, pour le calme et la qualité de vie, en contrepartie ils ont accepté les contraintes liées à cette ruralité : Eloignement des lieux d’activités (commerces, écoles, Administrations…) pas d’ADSL terrestre, beaucoup de zones blanches en téléphonie mobile etc… 
Nous ne sommes que de simples riverains qui défendent simplement notre lieu de vie car nous savons qu’avec une nouvelle exploitation de ce genre, le secteur n’aura plus aucun attrait, il sera délaissé, et le patrimoine sera dévalué. 
Partout ailleurs, alors que le tourisme local, l’accueil rural dans des territoires préservés sont encouragés, quel est l’intérêt pour nous résidents, d’avoir une installation technique classée de cette ampleur dans ce site ?
Pour toutes ces raisons, nous considérons que ce projet est inapproprié à cet endroit, d’autant plus qu’il existe déjà une exploitation de ce type à quelques mètres de là. Et que justement, nous connaissons les  nuisances causées par une petite carrière d’extraction. Une nouvelle carrière, du double de la première, faisant criblage et concassage sur site à quelques mètres du hameau serait insoutenable. 
Avec l'espoir que vous serez sensibilisé par cette démarche de protection des équilibres naturels et humains, nous vous demandons de bien vouloir nous accorder une entrevue et nous vous remercions de bien vouloir prendre en compte nos remarques dans votre décision. 
Nous vous prions de croire, Monsieur le Préfet, en l’expression de nos salutations respectueuses. 
Délibération du Conseil Municipal d'Albitreccia

Délibération du Conseil Municipal d'Albitreccia

Arrêté du 30 avril 2013 autorisant l’exploitation d’une carrière a ciel ouvert de roches massives et des installations de traitement de matériaux

Rédigé par Association Campà Indè Vaddi

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